Photographies japonaises de la BNF 1945-2000
L’expo Photographies japonaises de la BNF 1945-2000 (large panorama de nombreux artistes) vient d’ouvrir ses portes et porte bien son sous-titre : Scènes, signes, sensations. Première image : juste des pavés en pente, une perspective en arrondi et une silhouette sous un parapluie (Yoshiji Sawanou, 1954) et… je reste scotchée. Au fil de l’expo, je m’interroge ; dans toutes ces photographies, qu’est-ce qui nous capte ainsi ? Une façon japonaise de photographier ou l’exotisme, la culture, la gestuelle ? Les visages entre douceur et mélancolie ou l’aspect théâtralisé même lorsqu’il s’agit d’images juste ordinaires du quotidien ? L’influence de la calligraphie ? Par des jeux de lumière, des détails infimes, on oscille entre étrangeté et sérénité. Un voyage… quand soudain, comme une réponse, des vues de Paris qui pourraient être signées Adget ou Doisneau.
(Aline Memmi)
Photographie Yoshiji Sawanou, 1954
BNF François Mitterrand, rue Emile Durkheim, 75013
Du mardi au samedi 10h-19h, dim 13h-19h, jusqu’au 31 janvier 2027.
National Geographic - Terrains hostiles
Les grilles du Jardin du Luxembourg à Paris accueillent régulièrement des expositions photographiques en grands formats, organisées par le Sénat. La série actuelle rassemble une sélection de 80 œuvres de 59 photographes-explorateurs rassemblées sous la bannière du National Geographic. Ces images montrent notre planète comme vous n'aurez probablement jamais l'occasion de la voir. Entre hostilité et hospitalité, géographies de l'extrême inhospitalières, mais aussi territoires-frontières pour l'espèce humaine qui doit déployer des stratégies propres pour y survivre et ce d'autant plus que les bouleversements climatiques en renforcent le caractère hostile. Des images dont le choix esthétisant qui est celui du National Geographic, ne dépare pas le message profond. La planète est riche et belle ; préservons la si nous voulons continuer à y vivre !
(Jean-Benoît Zimmermann)

Grotte des cristaux de Naica (Mexique). Photoghraphie Carten Peter
Grilles du Jardin du Luxembourg à Paris du 19 septembre 2026 au 17 janvier 2027
L'espace entre nous
La mode étant aux collections, Le Bal a choisi celle du Wilson Centre for Photography, constituée par Michael et Jane Wilson. Sous le titre L'espace entre nous, l'expo explore "le lien parfois trouble, parfois lumineux, toujours instable, qui unit celui qui photographie à celui qui est photographié". Assumé ou pas, fugitif ou élaboré, complice, voire collaboratif ou image volée, que révèle l'image "du pacte silencieux scellé par le regard de l’un sur l’apparence de l’autre ?" A l'exception d'un paysage grand format qui joue les intrus, ce sont tous des portraits, des années 1920 à nos jours, qu'on peut qualifier d'humanistes. Des photos remarquables d'une quarantaine d'auteurs, des grands noms de la photographie et d'autres moins connus, et des textes (écrits par Bertrand Schefer, écrivain et scénariste en résidence au Bal) vraiment intéressants ; j'ignorais par ex la polio et le handicap de Dorothea Lange qui donne un autre regard sur certains de ses cadrages.
(Aline Memmi)
Le Bal, 6 impasse de la Défense, 75018 -
Mercredi de 12h à 20h et du jeudi au dimanche de 12h à 19h, jusqu'au 3 janv. 2027
Alexandra Catiere
A In Camera (petite galerie dont les choix sont toujours pertinents), ne manquez pas les tirages argentiques d'Alexandra Catiere, photographe d'origine biélorusse et lauréate du prix Niépce Gens d'Images 2026. Si les sujets semblent hétéroclites (des gens, des fruits, une cuillère, un arbre...), chacun vous happe : la noirceur d'un regard d'une gamine derrière une vitre, la légèreté d'une silhouette qui semble danser sur la plage, la délicatesse de quelques pommes comme esquissées au crayon...
De la prise de vue au tirage, c'est une pratique sensible, personnelle, captivante, qui aboutit remarquablement à ce que l'artiste appelle "peintures photogéniques". "Pour moi, l'histoire n'est pas chronologique mais condensée en nous. Je ne cherche pas à figer l'instant présent, mais à révéler cette épaisseur du temps, cette accumulation invisible qui fait qu'un lieu respire encore longtemps après le passage de ceux qui l'ont habité (...) Ce qui m'intrigue dans la photographie, c'est comment la matière peut transformer la réalité, comment en utilisant l'appareil photo et la chimie, les objets deviennent d'autres choses, les œuvres vivent indépendamment. Je les appelle "peintures photogéniques"".
(Aline Memmi)

Alexandra Catiere - Behind the Glass (05)
In Camera, 21 rue Las Cases, 75007
Du mardi au samedi, de 14h à 19h, jusqu'au 21 nov. 2026
Antiphotos, Justine Kurland et Mariah Robertson
Deux artistes américaines démontent la photo d'art et le regard sur le nu.
L'une étale, sur des petits formats colorés, des parties de corps masculin ; c'est déroutant et inattendu, on peut être séduit ou mal à l'aise, mais ça bouscule les stéréotypes forcément. Alors qu'elle est connue pour ses œuvres abstraites et son travail en chambre noire, Mariah Robertson présente ici 50 risographs. "Une imprimante risographique ressemble à une photocopieuse, mais fonctionne selon un procédé proche de la sérigraphie, permettant de produire des impressions aux couleurs vibrantes, à faible coût et avec un impact environnemental limité."
L'autre s'est attelée à découper méthodiquement la série Nudes réalisée par Lee Friedlanler de 1977 à 1991, puis à assembler et recomposer des êtres hybrides. Si je suis habituellement très dubitative sur l'utilisation ou le détournement des images faites par un autre photographe, j'avoue que la réappropriation que Justine Kurland fait de ces nus féminins est jubilatoire et hautement symbolique, chacune des œuvres constituant "un démembrement littéral du patriarcat". Sur le site de la galerie Miranda, vous pourrez voir l'enchevêtrement complet constitué par ces 99 Nudes on the Wall, esthétiquement fort beau, ou bien sur place découvrir ce qu'il en reste. Chacune des pièces de ces deux artistes étant vendue au prix de 199 euros, une partie des Nudes a déjà disparu, une façon de rendre l’œuvre mouvante et de bousculer aussi un peu le marché de l’art.
(Aline Memmi)
Galerie Miranda, 21 rue du château d'eau, 75010.
Du mercredi au samedi, de 14 à 19h, jusqu'au 15 novembre.
Claude Nori - La Dolce Vista
De Claude Nori, on connaît les photos de la jeunesse, italienne plus particulièrement, des années 70 et 80. On connaît aussi la maison d'édition Contrejour qu'il a créée, laquelle a été pionnière de l'édition photo en France dès la fin des années 1970. Elle a permis de faire connaître le travail de nombreux jeunes photographes talentueux, comme Bernard Plossu ou Arnaud Claass, encore peu connus à cette époque. C'est donc une belle initiative qu'a pris Polka Galerie de mettre à l'honneur ce personnage discret en présentant une belle rétrospective d'un ensemble choisi de photographies fraiches et réjouissantes, souvent devenues iconiques. De très beaux noirs et blancs pour la plupart, des compositions simples mais rigoureuses qui montrent une jeunesse débordante de joie de vivre. Une nostalgie pleine de douceur et de poésie, Dolce Vista qui fait jeu de mot avec le film-culte de Fellini et son dernier plan "sur le visage de Paola appelant en vain Marcello Mastroiani".
Alors me direz-vous, est-ce le moment de montrer de telles images quand l'époque actuelle serait plutôt celle d'un monde cruel et anxiogène ? Mais oui, parce que ce n'est pas seulement de la nostalgie d'une époque révolue mais qu'il faut garder espoir dans la jeunesse et, tout simplement, parce que ça fait du bien...
(Jean-Benoît Zimmermann)
Polka Galerie, 12 rue Saint Gilles, Paris 3ème Du 11 septembre au 31 octobre 2026
Visa pour l'image
C'était un festival un peu particulier que cette 38ème édition de « Visa pour l'image », rencontres internationales du photojournalisme :
- pour tous les reporters qui ont été confrontés à la disparition de Jean-François Leroy, le fondateur de cet événement, le jour-même de l'inauguration !
- pour moi qui, disposant d’une huitaine de jours, ai pu voir chacune des expos à mon rythme, le rythme nécessaire à la digestion des photos et des textes offerts à la vue des visiteurs. Offerts, car oui il s'agissait bien de kilomètres d'expositions totalement gratuites dans les lieux historiques du centre-ville (cloître, chapelle, arsenal...)
Mais je sais pourtant que tout cela est loin d'être merveilleux...
- la guerre et ses victimes civiles à Gaza, un concentré de souffrance capté par Khames Alrefi
- le Soudan en ruines devant l'objectif d'Abdulmonam Eassa
- le Donbass, région détruite et occupée par les Russes, où Marion Péhée retrouve 10 ans plus tard, des jeunes Ukrainiens
- le cessez-le-feu tellement hypothétique au Liban, occupait 2 expos ; celle de Mohammad Yassine et celle de Diego Ibarra Sanchez pour le New York Times
- le quotidien des Israeliens usés par les alertes, aux côtés de Yorik Liberman
- les images d'Hashem Shakeri se focalisent sur l'Iran en guerre
- la Syrie, captée par Philémon Barbier, amorce sa transition vers la paix
- les très grands formats de Tyler Hicks à Minneapolis m'ont terrorisée : un milicien de ICE me tenait en joue !
La violence du monde, la barbarie et la folie des hommes !

Photographie Marion Péhée
Une pause pour respirer : la rétrospective des jeunes années d’Étienne Montès, le local de l'étape, les cadrages en noir et blanc de Raymond Depardon, regard dans le rétroviseur aussi pour Michael Yamashita en Chine, un monde en paix mais dégoulinant de solitude : Jérôme Gence propose un reportage au Japon sur les mariages avec un partenaire virtuel ; Laurent Balesta a saisi les couleurs des profondeurs à travers la curiosité du monde animal... un moment de fraîcheur bienvenu pendant cette énième canicule.
Exil, addiction, esclavage, nucléaire, voilà ce qui m'a le plus touchée, à commencer par Gerd Ludwig qui témoigne que Tchernobyl, 40 ans plus tard, ce n'est vraiment pas fini ! Hervé Lequeux suit les jeunes Guinéens qui risquent leur vie dans les mines pour financer leur émigration vers l'Europe. Élise Blanchard en Afghanistan a photographié la sécheresse qui mène à la vente du bétail puis à la vente de très très jeunes fillettes au regard tellement résigné ! Gaël Turine au Liberia et en Sierra Leone vit au quotidien avec une population très jeune et dévastée par une nouvelle drogue,le kush.

Photographie Élise Blanchard
Voilà les nouvelles du monde.
Mais pourquoi je m'inflige ça ? N'étant pas particulièrement masochiste, je ne vois qu'une réponse : besoin de savoir ce qui reste de ce qui s'est passé dans le monde. Des dizaines de photos s'impriment autrement dans ma cervelle que les vidéo reportages des JT.
Ce soir, quelqu'un me tend un invitation à manifester pour la paix lundi prochain...place de la victoire !
(Claude Delcamp)
Madeleine de Sinéty - Une vie
Il est encore possible de découvrir cette très belle artiste quasiment inédite, comme l'a été Vivian Maier, qui a su capter aussi bien l'authenticité des cheminots de la gare Montparnasse que l'humanité des habitants d'un minuscule village breton au cours des années 1970 à 90, avant les grands bouleversements de l'agriculture. Une exposition qui sans être nostalgique apporte un regard d'une grande sensibilité sur les portraits d'un quotidien devenu intemporel. Mais en plus de sa démarche photographique, Madeleine de Sinéty a écrit quotidiennement un journal dans des cahiers d'écolier dont les extraits présentés sont passionnants ! On aimerait les lire dans leur intégralité.
Une belle découverte que j'avais envie de vous faire partager.
(Marie Baudry)
Au Jeu de Paume, à Paris, jusqu'au 27 septembre
Arles 2026, suite et fin
Ming Smith - Lueur nomade
Femme, photographe, noire, américaine, Ming Smith a nourri son œuvre de proximités avec d'autres modes d'expression, plus particulièrement la peinture, mais aussi de la richesse culturelle d'une Europe qu'elle a sillonnée longuement. Si elle ne manque pas de s'interroger sur la question de l'identité afro-américaine, ainsi qu'en témoignent ses autoportraits, elle y répond, infatigable voyageuse, avec une fluidité indissociable de la vision élargie qu'elle a acquise en parcourant le monde, mais aussi de la musique du jazz qu'elle a étroitement côtoyée, celle du saxophoniste David Murray son compagnon, celle de Sun Ra ou de Pharoa Sanders.
A découvrir absolument.
(Jean-Benoît Zimmermann)
Eglise Sainte-Anne
Jusqu'au 4 octobre
Alain Keler - Rétrospective
Cette rétrospective est une pépite, on aimerait y passer une journée. Soixante années d'un travail remarquable de photoreportages dans les turbulences du monde (la quantité de pays parcourus est édifiante), des images toutes en noir et blanc, publiées au fil des événements dans la Presse (pas forcément celles qu'aurait sélectionnées l'auteur). Mais le trop plein et l'urgence ont fini par trouver leurs limites : "Je n'arrivais pas à poser mes valises auprès de ceux que je voulais photographier (...) Si je continuais comme ça, mes rêves photographiques allaient se fracasser dans un temps que je ne maitrisais pas". Alors, après avoir fait partie de l'agence Sygma, il a rejoint Myop pour plus de liberté. Il a repris ses nombreuses notes et carnets. Et, pour chacune des photos qu'il a choisi de montrer ici, une légende instructive, détaillée, personnelle, engagée, intime presque. Si vous regrettez comme moi que ces textes soient présentés si bas et si peu éclairés, vous pourrez accéder à l'ensemble des textes en cliquant ICI . C'est passionnant.
Un coin de l'expo est dévolu à sa famille, à ses parents qui vieillissent et on découvre quelques extraits en couleur d'un album de famille, débuté tout jeune avec des photos "naïves et maladroites" et repris beaucoup plus tard pour garder trace d'une mémoire, questionner une identité. Après avoir fui les disputes familiales, "la photographie devenait un moyen d'accompagner mes parents et de les découvrir". Ses images s'ajouteront à celles annotées par sa mère, ainsi qu'à 2 cassettes qu'elle a pris soin d'enregistrer "avant d'être atteinte de la maladie de l'oubli", elle qui d'origine juive polonaise, avait tant à transmettre.
(Aline Memmi)
A voir dans le vaste espace des Douches municipales, jusqu'au 4 oct
Et aussi ...
Harry Gruyaert, Le sens du lieu.
Chapelle Saint Martin du Méjan, jusqu'au 4 octobre
Pentti Sammallahti
Croisières, jusqu'au 4 octobre
Paul Kodjo, Photoromance.
Croisières, jusqu'au 4 octobre
...
Arles 2026, suite...
La Kabine - Au bord des mondes, Habiter les territoires, survivre aux fractures
l faut s’éloigner des remparts et du cœur des Rencontres, se diriger vers les Alyscamps. Au détour d’une rue proche de l’entrée du parc, un petit bâtiment modeste abrite une association La Kabine, dédiée au développement de la création artistique émergente, en toute indépendance et liberté d’expression. Pour son cinquième anniversaire, elle présente cette année une exposition collective sur nos manières d’habiter la terre. Elle réunit huit photographes venus de différents territoires du monde autour du thème des espaces en marge, vulnérables, en transformation. Des plages de Gaza aux femmes des quartiers populaires en France en passant par les territoires sacrés du Burkina Faso, les huit projets documentaires rendent sensibles les bouleversements écologiques, politiques, sociaux qui les affectent. Avec délicatesse et émotion, ils nous questionnent sur une terre qui disparait et se transforme. Malgré les fractures et les violences, comment maintenir un lien avec le vivant, promouvoir des actes de résistance, conserver les mémoires ? A travers l’ensemble des images présentées, chacun se forgera sa propre réponse. Mais l’immense mérite de cette courageuse exposition est de faire prendre conscience, au delà de la diversité des situations humaines et sociales, de l’enjeu de préserver le lien collectif et de mettre au centre des mutations contemporaines les territoires considérés comme marginaux. Pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas La Kabine, excellente occasion de se distraire des grandes institutions arlésiennes, Luma en tête, et de découvrir son travail formidable en faveur de l’animation et de la formation artistique.
(Dominique Figeat)
« Le Printemps », 2 avenue Lafayette
Jusqu'au 20 septembre
Lara Tabet - Le corps vitré
Que se passe-t-il lorsqu’une médecin biologiste utilise ses doubles compétences de chercheuse pour analyser le contenu des eaux de Marseille et d’artiste pour métamorphoser les résultats en une œuvre dont on ne sait si elle relève de la photographie ou de l’art du vitrail ? Le processus comme l’œuvre sont proprement stupéfiants. Au premier regard à l’entrée de la salle on découvre avec émerveillement des panneaux en forme de vitraux colorés d’une diversité et d’une qualité expressive remarquable. Lorsque l’on pénètre dans l’exposition, grâce aux commentaires et à une vidéo de l’artiste éclairante, on comprend que ces panneaux résultent d’un triple processus de fabrication : recueil de données microbiologiques des échantillons d’eau provenant de rivières ou de lieux publics dans Marseille pour établir une cartographie bactériographique, interaction de ces micro-organismes avec des surfaces photosensibles incubés sur un film couleur, transformation de ces images en vitraux contemporains. Passage du vivant au minéral, réflexion sur la nature du médium photographique, mise en image des toxicités environnementales. Les œuvres produites sont d’une richesse de sens incroyable. Et même si on ne comprend pas tout du processus mis en œuvre, on peut se contenter de les admirer tant leur qualité esthétique est formidable. Impressionnant !
(Lara Tabet et sa commissaire Yasmina Chemali, toutes deux d’origine libanaise, sont lauréates du programme BMW Art Makers 2026)
(Dominique Figeat).
jusqu'au 4 octobre
Cloître Saint-Trophime
Arles 2026
Martine Barrat - L'âme de la ville.
Ce sont d'abord les quartiers pauvres de New York, des rues délabrées, des joueurs de dominos, le Rhythm club, des gangs parfois dirigés par des filles, des clubs de boxe où l'on est éberlué de voir s'entraîner de jeunes enfants qui rêvent de devenir des champions... Puis le quartier de la Goutte d'Or à Paris où Martine Barrat retrouve la même fraternité. On est au delà de la photographie humaniste, de l'empathie ou du respect qu'on peut avoir pour ses sujets.
Ceux qu'elle appelle "Mes chéris", "ma meilleure amie" ou "ma sœur" sont pour la photographe comme une famille élargie. Elle invitera même Le jeune Mamadou Yaffa qu'elle a vu grandir à Paris venir 3 mois avec elle à New York "afin qu'il puisse témoigner de la réalité sociale d'une Amérique adulée", avant qu'il ne devienne en 2026... adjoint au Maire de Paris, en charge de la jeunesse, de l'égalité républicaine et de l'éducation populaire. Quel beau passage de flambeau pour une photographe qui, dès ses débuts, a confié caméra et appareil photo à ces jeunes à qui elle voulait transmettre confiance et liberté.
(Aline Memmi)
Espace Van Gogh, jusqu'au 4 oct, de 9h30 à 19h.
Adrien Vautier - Si tu traverses l'hiver.
On est immédiatement saisi par des photographies grand format de terres et de gens meurtris, par l'étroitesse des cahutes, par ces armes qu'il a fallu apprendre à manier, par ces visages pour certains disparus. Saisis et bouleversés à la lecture des cartels, avec date et lieu, qui expliquent précisément des faits qu'on ne saurait pas forcément décrypter et qui nomment ceux et celles que l'on voit, car derrière chaque image ce sont des vies. Saisis encore par la force de la scénographie qui fait cohabiter, dans chaque recoin de cette église, des œuvres religieuses hors du temps et la souffrance ici et maintenant d'un peuple à cause de l'ignominie d'un tyran.
Même si on est parfois saturé par ce que nous révèlent les médias, il faut parler encore et encore de ce que vivent les Ukrainiens. L'Ukraine n'est pas le seul pays où ce jeune photojournaliste est parti en reportage mais c'est sa première exposition et elle est remarquable. Allez-y et parlez-en.
(Aline Memmi)
Église Saint-Julien, 34 rue du 4 sept
Tous les jours, 10h-19h, jusqu'au 26 juillet.
Et aussi ...
Françoise Huguier, Secrètes.
Galerie Ira Léonis, 20 place de la République, au 1er étage, du mardi au vendredi, de 15h à 19h, jusqu'au 15 août.
Nos rêves lointains, regards sur la collection photographique de la FNAC.
Espace Monoprix, jusqu'au 4 octobre, de 9h30 à 19h.
Charlotte Yonga, Tsy : possible.
Espace Monoprix, jusqu'au 4 octobre, de 9h30 à 19h.
Pascal Bousquet, Alain Giraud, Sophie Gotti, Gilles Théodore, Amertumes.
Galerie Ephémère, 65 rue du 4 septembre, de 10h à 12h et de 14h à 19h, jusqu'au 26 juillet.
William Klein, Par ici le paradis.
Chapelle du musée Arlaten, de 9h30 à 18h, jusqu'au 4 octobre.
Grand Arles Express à Marseille :
Photo Kegham de Gaza, une archive inachevable
Centre Photographie Marseille, 74 rue de la Joliette, du mercredi au samedi de 14 à 19h., jusqu'au 12 septembre.
Vanessa Kuzay - Après les cigognes
Je ne connaissais d'elle que quelques images dans une expo collective d'Amorce. J'ai retrouvé ici la même douceur qui enveloppe.
C'est juste un tas sous la neige en forêt mais il est gris-argenté. Des couleurs mordorées s'échappe parfois un rouge comme cette plante qui reprend vie dans le coin d'un cimetière où on a jeté les fleurs fanées. C'est comme un songe sur le temps qui passe entre mémoire et balade. Les reflets morcelés et magiques d'un lac silencieux ; aucune recomposition, me dit-elle, "je ne travaille qu'en argentique, c'est juste un accident à la prise de vue." Ou le reflet d'un petit garçon dans la pénombre... à quoi pense-t-il ?
Car il y a les images et il y a l'histoire. Celle d'une jeune femme qui vacille. Un bébé désiré mais où est l'instinct maternel promis ? Avec son petit homme de 4 ans, elle tente de trouver les traces d'une grand-mère paternelle dans un pays méconnu; la Pologne, là où passent les cigognes... C'est comme une enquête à la recherche d'un fantôme. Année après année, à défaut de l'avoir trouvée, elle s'est imprégnée de paysages, a capté ici ou là des morceaux de vie et c'est beau.
Le puzzle restera incomplet mais mère et fils se sont trouvés, comme en écho de ce médaillon où celle qui n'était pas encore grand-mère tient la main de son jeune fils, le papa de Vanessa.
(Aline Memmi)
Maupetit Côté Galerie - 142 La Canebière Marseille
du 25 juin au 29 août 2026
Nuits Balnéaires - Eboro
L'artiste ivoirien Nuits Balnéaires investit la salle voutée au sous-sol de la Fondation HCB avec une installation qui croise magnifiquement photographie, cinéma, théâtre et poésie. Dans le cadre de sa pratique artistique, Eboro constitue un projet très personnel qui rejoint l'intime de par le lien indéfectible qui lie Nuits Balnéaires à son oncle disparu mystérieusement à Dakar en 1986. En revenant sur les trajectoires mémorielles familiales, l'artiste développe un parcours exploratoire onirique pour accompagner son oncle dans son passage vers l'au-delà et apaiser les douleurs intergénérationnelles nées de cette disparition. La couleur rouge, comme le fil rouge qui l'accompagne, domine le récit avec la peau très noire et le corps puissant de son acteur. C'est beau, c'est captivant, c'est admirablement construit.
(Jean-Benoît Zimmermann)
Fondation Henri Cartier Bresson
79 rue des Archives - 75003 Paris
Du 20 mai au 4 octobre 2026
Alain Willaume - Nul soleil. Mais le feu
A Strasbourg, au pôle photographie Simultania, Alain Willaume, photographe, avec la complicité de Céline Duval la directrice des lieux, nous propose une expo de haut vol dans un espace complètement transformé. Des images prises au Japon, durant une résidence à Kyoto, une réflexion sur le temps, sur des instants au bord du monde. Une mare virtuelle en noir et blanc, des visages suspendus, des bâtiments immobilisés dans un vacillement surréaliste, une pénombre qui enveloppe, le clapotis de l’eau se mêle à des bruits sourds. Il y a des signaux d’alerte, le feu qui ravage et par moments comme des chants murmurés. On se sent touché au tréfonds de soi.
(Aline Memmi)
du 22 mai au 5 sept 2026,
Simultania, 33 rue Kageneck Strasbourg.
Visite commentée par l’artiste le 27 juin à 17h, avec Sacha -Hugo Lagaude, interprète en langage des signes.
Maryna Brodovska - Les maux bleus
Parler de la guerre sans montrer la guerre. Dire combien cette situation effroyable ébranle le quotidien, les projets, les perspectives, mais garder une confiance tenace dans la créativité comme base de la résilience. C'est ce que parvient à faire Maryna Brodovska, photographe et écrivaine ukrainienne, par le biais de ses photo-collages qui présentent des équilibres remarquables de formes et de couleurs d'où résulte une vraie paix intérieure. C'est ainsi qu'elle parvient à "recoller les morceaux pour panser les plaies", comme l'écrit Bénédicte Bach. Tandis qu'on contemple ses images surréalistes, à la fois profondes et légères, l'artiste déroule par ses mots le fil de ses journées ou de ses nuits, qui la mènent de l'incrédulité de l'invasion russe au premier abri où se réfugier en urgence, une morgue où travaille la mère de sa meilleure amie ! "Je plaisante, donc j'existe", nous dit Maryna Brodovska et, malgré la violence et les déchirures, c'est elle qui nous invite à sourire et à respirer.
Bénédicte Bach et Benjamin Kiffel qui l'ont invitée à La Pierre Large ont fait le choix de présenter plusieurs séries qui nous parlent d'exil, d'amours et d'amitiés, comme ces lits dans lesquels elle a trouvé refuge au long de son périple et qui deviennent pour elle des "ilots de sécurité". C'est fort, très fort !
(Jean-Benoît Zimmermann et Aline Memmi)
25 rue de veaux, Strasbourg
Du 20 mai au 27 juin 2026
Thierry Balanger - Insolentes Beautés
La galerie "Les Douches", dans ses nouveaux locaux, présente le travail d'un artiste pour le moins singulier et audacieux.
On connaissait bien sûr les photogrammes, alternative à la photo argentique qui écarte boîtier, objectif et pellicule. Mais voilà que Thierry Balanger cherche à son tour à activer directement, chimiquement, la surface sensible de l'émulsion argentique, reprenant à sa manière le principe du "chimigramme" expérimenté dans les années 1950 par Pierre Cordier.
Il y presse fleurs séchées, minéraux, corps ou fragments du corps humain. Dans l'intimité du processus l'image va émerger en réaction à la chaleur du modèle, ses effluves naturelles ou les substances dont il s'est enduit. C'est le révélateur, dans lequel sera ensuite plongé le papier, qui révélera l'image au sens propre du terme, avant que le fixateur ne parachève le processus comme dans tout développement photographique.
Une expérience sensible qui produit des images où l'intensité physique du réel peut parfois se combiner à l'abstraction, laisssant la porte ouverte au regardeur pour y trouver sa propre interprétation.
(Jean-Benoît Zimmermann)
les douches la galerie - 54 rue Chapon 75003 Paris
du 21 mai au 20 juin 2026 - du me au sa de 14h à 19h
Johny Pitts - Black Bricolage
En 2010, Johny Pitts, jeune photographe et écrivain britannique, entreprend un voyage de 5 mois à travers l'Europe. Son but, comprendre, au delà de sa propre expérience, ce que signifie être noir.e en Europe aujourd'hui. Black Bricolage est son carnet de bord en images, textes, archives et témoignages.
Un terme, un concept s'impose d'évidence celui d'Afropéen.nes. Alors que l'adjectif "européen.ne" continue de connoter "blanc.he", "afropéen.ne" révèle "les histoires, les cultures et les devenirs des Européen.nes noire.s" en lieu et place de leur marginalisation ou de leur invisibilisation.
(Jean-Benoît Zimmermann)
Maison Européenne de la Photographie, Le Studio
5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Du 10 avril au 24 mai 2026
Michaël Serfaty- Avec et sans
Les murs du Pangolin accueillent pour la première fois le travail personnel de Michaël Serfaty qui y entremêle deux séries où l'intime rejoint l'universel, où les photographies débordent du cadre, deviennent objets et œuvres plasticiennes. Des extraits de la série "Je vous écris avec la chair des mots" rappellent la puissance libératrice de la verbalisation. L'autre série dévoile avec force les stigmates de la vie familiale. L'effacement, l'absence, la disparition, l'oubli, le "sans" sont acceptés, reconnus, montrés, mais recadrés dans l'expression, la volonté de dire, le faire "avec" qui constitue ici encore une forme de prise de parole.
(AM et JBZ)
Henri Cartier-Bresson - Les Européens
Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, HCB a parcouru l'Europe pour rendre compte de la vie de ses habitants dans un continent qu'il faudrait maintenant réconcilier et relever du désastre. Si l'on n'en connaît généralement que quelques unes, devenues iconiques, ces images constituent un ensemble remarquable, témoin précieux à travers le regard humaniste du grand photographe. Clément Chéroux, commissaire de l'exposition, a fait le choix de ne présenter que 35 de ces clichés dont on peut retrouver l'ensemble dans la réédition de l'ouvrage publié en 1955 et illustré d'une couverture de Juan Miro. C'est un choix qu'il faut saluer tant le nombre réduit d'images judicieusement choisies, que le cadre de la salle voûtée du sous-sol de la Fondation, tendent à créer une ambiance intime propice pour le visiteur à prendre son temps, à aller et venir dans le corpus d'images, à s'attarder pour aller au plus près de celles qui le touchent le plus.
(Jean-Benoît Zimmermann)
Fondation Henri Cartier-Bresson - 79 rue des Archives 75003 Paris
Du 28 janvier au 3 mai 2026
Martin Parr - Global Warning
Martin PARR n’est pas un inconnu, certes ce n’est pas une découverte mais revoir c’est faire ce que l’on fait avec les amis chez qui l’on découvrira toujours de nouvelles facettes. Il porte un regard sur notre monde qui agit comme un révélateur, il grossit avec humour et une ironie qui n’est pas sans tendresse, parfois, les traits de nos sociétés voraces. Tout y est, pertinence des sujets, personnages et thèmes, cadrages, postures des corps, éclat des contrastes, vivacité des couleurs, tonicité du propos, il n’est pas un spectateur, il n’est pas un preneur d’images, il va au-devant, il pénètre ses sujets, il nous immerge, son œil avisé aiguise notre regard, il opère une mise au point implacable et joyeuse à l’endroit de nos travers.
(Christian Bousquet)
Musée du Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, Paris
du 30 janvier au 24 mai 2026
Estelle Lagarde - La peau des autres
Lorsqu'elle a rencontré Karine (la sœur d'un ami) et découvert son handicap, Estelle Lagarde s'est posé mille questions : "Que devient l’existence lorsque l’on perd (à l'âge de trente ans) l’usage de ses bras et de ses mains ? Quelle est sa vie aujourd’hui ? Qui était-elle hier ? D’où lui vient cette lumière intérieure ? Comment peut-elle sembler heureuse, malgré tout ?" Une amitié est née et les photos mises en scène, créatives, inattendues et même surréalistes parfois, visent à transmettre de jolie façon un récit de vie. Un projet au long cours sensible, humaniste et tellement nécessaire, pour changer le regard sur le handicap, répondre par l'art dans une société qui a encore trop peur des différences.
(Aline Memmi)

Little Big Galerie Paris, 45 rue Lepic, 75018 Paris, du 23 au 28 février 2026
Fatimah Hossaini et Oriane Zérah
Femmes dévoilées et hommes en fleurs
Deux photographes, deux femmes. L'une a photographié des femmes afghanes dans des situations qui leur sont désormais interdites par le diktat des talibans. L'autre a tourné son objectif vers des hommes, des hommes avec des fleurs, association profondément ancrée dans la culture afghane. Superbe travail photographique à la plastique irréprochable, mais surtout très belle manière de parler de l'Afghanistan, loin des dramaturgies habituelles. D'indispensables cartels complètent les images pour expliquer comment la réalité vient, en contrepoint des images, oppressante, liberticide, surtout pour les femmes qui perdent autonomie, liberté de s'exprimer, de circuler, d'étudier, même de chanter....
(Jean-Benoît Zimmermann)
Maupetit - côté galerie, 142 La Canebière, 13001 Marseille
du 15 janvier au 21 février 2026















